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“The Devil’s Toy Remix” ou le skateboard comme planche de salut

Il faut voir dans The Devil’s Toy Remix beaucoup plus qu’un webdocumentaire sur le skateboard, car cette œuvre qui regroupe quatorze films tournés dans le monde entier est à la fois un hommage à des figures majeures du cinéma direct, une photographie d’une certaine jeunesse d’aujourd’hui, un appel à l’insoumission, un questionnement sur notre place dans l’espace urbain…

Produit par l’Office national du film du Quebec (ONF) – et codiffusé par Arte en Europe –, The Devil’s Toy Remix s’ouvre sur un documentaire mythique tourné 1965 par Claude Jutra, The Devil’s Toy ou Rouli-Roulant pour sa traduction francophone. Hugues Sweeney, producteur exécutif à l’ONF (à qui l’on doit des projets comme Fort McMoney ou Journal d’une insomnie collective), raconte la genèse de ce film qui sert de matrice à l’ensemble du projet : « Au départ, il y a un documentaire de commande de l’ONF à Claude Jutra et son équipe sur la manière dont les technologies entrent dans les écoles. En fait, tout le monde s’ennuie ferme. Claude Jutra qui enseigne en Californie, là où est né le skateboard, a ramené une planche à roulettes au Québec. Et il décide d’aller filmer, clandestinement, les jeunes qui s’entraînent sur ces planches dans le quartier de Wesmount, à Montréal. » A la caméra, il y a le directeur de la photographie Michel Brault, à la narration Charles Denner. La chanson qui accompagne le film de quatorze minutes est interprétée par Geneviève Bujold. Tous ces noms jalonneront différentes histoires du cinéma par la suite.

A l’époque, la manière de tourner des documentaires est très encadrée, voire cornaquée : plans fixes, caméras sur pied, son ajouté en post-production. Avec Rouli-Roulant, Claude Jutra et son équipe signent autant une ode à la jeunesse qu’à la liberté de tourner. Avec ses partis pris stylistiques, sa bande-son tarantinesque avant l’âge, sa caméra qui s’installe sur les skates, ses commentaires faussement grandiloquents, ce documentaire est en quelque sorte un manifeste du cinéma direct, de sa volonté de capter le réel autrement. Et ce qu’il en ressort est un regard pertinent et tendre sur une jeunesse rebelle montréalaise.

Pourtant, ce film est longtemps resté méconnu, sauf pour les spécialistes du skateboard, et trop rarement cité comme un élément fondateur de cette culture. C’est presque par hasard qu’Hugues Sweeney l’a redécouvert en ligne, sur la plateforme de l’ONF et a aussitôt eu envie de lui redonner toute sa place. C’est ainsi qu’a émergé l’idée de proposer à des réalisateurs du monde entier de se revisiter le documentaire de Claude Jutra, d’en faire un remix et d’en donner leur propre vision presque cinquante ans plus tard. « Les communautés de skateboard se filment beaucoup, elles ont l’habitude de pousser à leur maximum les outils de captation pour se mettre en images, explique Hugues Sweeney, il était logique de leur demander de se réapproprier l’œuvre originale. »

Au final, treize réalisateurs ont été choisis à travers le monde entier parmi les spécialistes de la culture skate pour tourner leur version avec pour seules contraintes : faire un film de six minutes et que les thèmes abordés par Jutra (liberté, jeunesse, espace, insoumission…) soient présents d’une manière ou d’une autre. Pour le reste, carte blanche et tous en ont fait bon usage avec au final des films drôles, inventifs, politiques…

Tournage à Montréal (Canada)

Maude Chauvin @NFB/ONF

Tournage à Montréal (Canada) : Myriam Verreault, réalisatrice (au centre)

Maude Chauvin @NFB/ONF

Tournage à Montréal (Canada)

Maude Chauvin @NFB/ONF

Myriam Verreault, réalisatrice du film tourné à Montréal, en 2011 avec Michel Brault qui était directeur de la photographie du documentaire original de 1965 (il est décédé en 2013)

Maude Chauvin @NFB/ONF

Tournage à Victoriaville (Canada)

Gabrielle Pilotto @NFB/ONF

Tournage à Victoriaville (Canada) : Matt Charland, réalisateur, qui a supervisé l’ensemble de la production des films de The Devil’s Toy remix.

Gabrielle Pilotto @NFB/ONF

Tournage à Vancouver (Canada)

Miki Heaps @NFB/ONF

Tournage à Vancouver (Canada)

Miki Heaps @NFB/ONF

Tournage à Vancouver (Canada)

Miki Heaps @NFB/ONF

Tournage à Johannesbourg (Afrique du Sud)

Hanro Havenga @NFB/ONF

Tournage à Johannesbourg (Afrique du Sud)

Hanro Havenga @NFB/ONF

Tournage à Johannesbourg (Afrique du Sud)

Hanro Havenga @NFB/ONF

Tournage à Johannesbourg (Afrique du Sud) : Luke Jackson, réalisateur

Hanro Havenga @NFB/ONF

Tournage à Lyon (France)

Nicolas Huynh @NFB/ONF

Tournage à Lyon (France) : Fred Mortagne, réalisateur

Nicolas Huynh @NFB/ONF

Tournage à Singapour : Qi An Juan, réalisateur

Melvin Ong Wei Jie @NFB/ONF

Tournage à Singapour

Melvin Ong Wei Jie @NFB/ONF

Tournage à New York : Steve Durand, réalisateur

Anne-Marie Lavigne @NFB/ONF

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 A New York (Etats-unis), Steve Durand a choisi de montrer comment l’aspect underground de cette culture a été totalement vidé de sa substance. A Lyon (France), Fred Mortagne met en valeur l’amitié dans un film très drôle qui prend à contrepied les stéréotypes qui collent à la planche du skateur. A Bor (Serbie), Nikola Lezaic montre l’affrontement entre une jeunesse avide d’espace et le reste du monde. Même propos politique pour Qi An Juan à Singapour, qui fait le lien entre la poussée nécessaire pour faire avancer son skate et la pression que cette poussée exerce contre la société. À Montréal, Rouli-Roulant est revisité dans une version féminine en lutte contre la tyrannie des apparences.

La circulation dans l’œuvre interactive se révèle assez simple, comme si la force des films imposait cette facilité de consultation. Après le film d’origine comme introduction, l’internaute peut se laisser porter de remix en remix, choisir de les consulter dans l’ordre de son choix, naviguer à travers les thématiques abordées, explorer chaque ville et même apporter sa contribution via l’application photo Instagram. Comme dans tous les projets interactifs canadiens, la musique tient une place essentielle. Chaque réalisateur a ainsi sa propre bande originale pour son film. L’ensemble constitue une œuvre globale, dense, qui respecte le principal contrat de départ : réécrire une ode collective à la liberté de création.

Article source: http://www.telerama.fr/medias/the-devil-s-toy-remix-ou-le-skateboard-comme-planche-de-salut,111822.php